9 septembre 2012

La défaite du "Black american"

United states of America, what a wonderful world !

Ces derniers temps, je suis particulièrement remontée contre les Etats-Unis. 
Bien-sûr, il ne s'agit pas d'un anti-américanisme chauvin (et hypocrite) à la De Gaulle mais d'un mépris totalement rationnel envers un pays qui incarne, à outrance, tout ce qui ne va pas dans notre monde malade. Mon dégoût pour la première puissance mondiale résulte d'une réflexion cohérente avec mes positionnements idéologiques et ma vision du monde.
Cette précision semble inutile mais il y a 1 mois j'ai tweeté avec virulence : " #USA Comment peut-on encore être fasciné par ce pays de dingues où tout y est effrayant : racisme/armes/inégalités/obésité et j'en passe" 
Outre le fait que c'est l'un de mes tweets les plus retweetés (fierté :D), je fus surprise par les arguments des réactions négatives à mon tweet. J'ai eu droit à un commentaire stupide de xénophobie (en même temps, j'ai tout eu sur Twitter j'ai appris que j'étais une raciste !??!!! Venant d'une femme noire qui se pense "subversive" je me dis que les gardiens de la pensée unique chez les afros sont fascinants car + diversifiés qu'on ne le croit...LOL). Quant à celui qui m'a affirmé que je suis xénophobe, il faut reconnaître que ce tweet appelle à la haine des américains -_-"... 
Surprise aussi par des réponses naïves, profondément plates et laconiques, dignes des années 80 "car ils ont le swagg" (ben oui, quand tu as le swagg tu peux tout te permettre, je vais me reconvertir dans le swagg d'ailleurs) "car le monde est américain" (il est temps de changer les manuels d'HG !!!!) "c eux qui nous ont donné Mcdo, Apple et les meilleures séries" (la meilleure culture du monde, tu n'as pas à réfléchir sur le sens de la vie, tu as juste à consommer !!)
Ce jour là, j'ai eu la très mauvaise idée de répondre à chacun de mes contradicteurs. 
Mais à quoi cela sert-il lorsque ces personnes sont incapables de prendre de la distance, sortir de leur moule pour tenter de voir la réalité dans sa globalité brute, telle qu'elle est. Complexe et bien loin des clichés "positifs" que nous assène USA grâce à ses produits standards et ses valeurs inculquées via les médias et la culture.
À mes contradicteurs, je pose la question : Que vaut la magie de New-York avec ses buildings éclairés, ses panneaux publicitaires à écrans géants, sa population dynamique, émancipée, cultivée, ses femmes indépendantes, ses bars lounges, ses relations superficielles etc... Que vaut cet îlot de prospérité, d'individualisme et de surconsommation à côté des étendues de régions dévastées par le dépérissement économique, l'extrême pauvreté, la circulation des armes, la déchéance morale qui s'accompagne souvent d'un renouveau religieux mystificateur.


Comme je l'expliquais aux twittos, dans mon échelle de valeurs ce que les oligarches d'USA ont apporté aux "gueux" de leur pays et du monde entier ne vaut pas autant de vies sacrifiées
Quand je parle de sacrifice, je ne vise pas uniquement ceux qui meurent directement de la pauvreté mais aussi de cette masse béate aux horizons flouées, aux vies sans perspective, glauques et déprimantes car le bonheur tant promis n'est pas arrivé et n'arrivera jamais. Tandis que nous sommes devenus les esclaves de désirs non naturels toujours recrées, suscités par ces "as" du marketing, condamnés au cycle de l'éternel recommencement vers la quête de l'insaisissable.  
Une masse toujours béate qui persiste à croire que son système est le meilleur, que son gouvernement est le meilleur et qu'il ne sert que les intérêts du peuple américain. 
Mais aujourd'hui, on ne peut plus se voiler la face. La crise économique actuelle est une formidable occasion (qui semble complètement ratée) de se rendre à l'évidence : le capitalisme ne doit pas être le stade ultime de nos civilisations. Certes, il a réduit la pauvreté (encore heureux) mais le ratio du nombre de riches pour tant de pauvres démontre que NON nous ne vivons pas dans le meilleur système économique. Pour qu'un plus grand nombre de minoritaires puissent s'enrichir sans arrêt il a fallu ponctionner les ressources des autres, nier tout respect à notre terre nourricière, provoquer des guerres injustes, escroquer à coup de propagande. Aujourd'hui tout le monde le sait : les alternatives doivent se mettre en place, reste plus qu'à passer à l'action.
Je m'étale un peu mais à vrai dire je pourrais écrire des pages et des pages sur l'énorme responsabilité de ce pays dans la catastrophe qui nous guette. Et cela doit être signalé vigoureusement lorsqu'on constate l'hégémonie des USA dans les affaires du monde, son influence sur les consciences et les représentations collectives.
De cet anti-américanisme découle chez moi un sentiment hostile envers la figure du "Black american". Il y a quelques années, quand je découvrais le monde j'étais comme 3/4 des "afros conscients" (AVERTISSEMENT : j'utilise très souvent des termes réducteurs qui désignent des réalités complexes : qu'est ce qu'un afro ? qui plus est conscient ! Comme il est d'utilité publique (attention égotrip) que je finisse cet article je développerai l'importance des termes une prochaine fois :-)
Donc je disais comme 3/4 des afros conscients j'adulais les Black Panthers, les mouvements noirs pour les droits civiques, l'incontournable Martin Luther king etc...Et inconsciemment, je ne pouvais m'empêcher de voir le "Black american" comme le stade suprême du Noir réhabilité dans sa fierté et sa dignité tandis qu'ici on devait se contenter d'ersatz, d'afropéens sans envergure, fuyant leurs "destins" par l'assimilation. Au point de penser bêtement que le Black american est un modèle de combat et qu'il était nécessaire d'appliquer les mêmes méthodes pour vaincre le racisme institutionnel français. 
Je me suis vite rendue compte à quel point mon raisonnement était simpliste et caricatural. Ma formation d'historienne m'a rappelé aussi que nous ne pouvons pas relier des diasporas noires si différentes dans leur histoire et leur contexte social sans omettre les écarts culturels.


Les Noirs dans l'Amérique post-raciale  d'Obama




D'autant qu'à bien étudier la situation des Noirs américains, je devais reconnaître l'échec de leurs combats : alors qu'une "blackgeoisie" (superbe néologisme de nos brillants journalistes...) illumine nous autres, Afropéens, campés dans nos frustrations, les chiffres et les évènements empêchent de nier une réalité alarmante.
D'après une étude de l'Economic Policy Institute (source Atlantico.fr), la crise économique de 2008 a sévèrement touchée les Noirs. Le salaire médian moyen d'un foyer a chuté de 83% entre 2004 et 2011 provoquant déclassement et paupérisation des classes moyennes noires.
En juillet 2012, Les Noirs composent 14,4 % des chômeurs dans un pays qui compte au total 8,3% de chômeurs de sa population active. 
Mais le plus gros scandale que subissent les Afro-américains reste le nombre d'incarcérations, avec 2 millions de Noirs dans les prisons américaines. Cela représente plus que le nombre de Noirs enfermés en Afrique du sud sous le régime de l'apartheid ! Cette incarcération de masse est la conséquence d'une politique de discriminations persistante. La guerre contre les drogues et le mouvement "tolérance zéro"  ciblent les millions de pauvres gens, en grande majorité "de couleur". Sans oublier, les contrôles au faciès et les brutalités policières. Les GAV concernent en grande partie des délits non violents, à l'usage et au petit commerce de drogues, le type d'infractions très présent dans les classes moyennes blanches ou sur les campus mais totalement ignoré par la police ! À Chicago, 80 % des Afro-américains de sexe masculin en âge de travailler ont un casier judiciaire concernant majoritairement des délits mineurs. Cela a une incidence non négligeable dans la vie de ces hommes : désignés comme criminels, ils deviennent des citoyens de seconde zone puisqu'ils perdent leurs droits civiques (droit de vote, droit de participer à un jury, droit à l'égalité de traitement face à l'emploi, au logement à l'éducation, à la prévoyance sociale...) Tout ceci alors que plusieurs études ont démontré que les Noirs ne commettent pas plus d'actes répréhensibles que les autres ou encore plus de crimes liés à la drogue que les Blancs.  
Michelle Alexander, auteure de "The new Jim Crow : Mass incarceration in the age of colorblindness" (2010) est une experte juriste et avocate des droits civiques. Dans cet ouvrage, elle explique comment le système de castes raciales institué par la ségrégation est toujours intact, qu'il a juste été remodelé pour que le contrôle racial passe par la justice criminelle.
source : une interview de Michelle Alexander, à lire ici

Tuons le "Black american"

Dans un tel contexte d'oppression et d'injustice, je m'interroge sur le "Black american", celui que mes cousins et potes noirs admirent, copient le swagg, rêvent de devenir faisant de constants allers-retours entre USA et France. Le "Black american" c'est les 1% appartenant à la blackgeoisie avec une visibilité immense car ils cartonnent dans la musique, la télévision, le cinéma donnant espoir à tous ces jeunes "negros" de faire la même chose ici en France.
A lire le parcours de Jay-Z, Oprah Winfrey et compagnie, on peut qu'être admiratifs : ils ont fait sauter les verrous de cette société ultra-conservatrice, à la mobilité sociale pas si mirobolante que ça et dont l'essence est raciste. Même si on préfère penser au mythe positif du "melting polt", les Etats-Unis restent un pays TRÈS raciste - La genèse même de cette nation repose sur un des plus grands génocides de l'Histoire, celui des Indiens d'Amérique. Pourtant, c'est totalement occulté de la mémoire collective... Alors ceux qui parlent déjà d'Amérique post-raciale sous prétexte qu'un Noir occupe le poste suprême sont de grands comiques ! Ils n'ont toujours pas compris que le racisme n'est pas une "méchante" opinion que de malheureux imbéciles auraient choisi mais un fait institutionnalisé, un morceau d'ADN de la nation américaine (et plus largement des civilisations occidentales).
Donc y réussir quand on est noir reste d'une exceptionnalité déconcertante. Donc oui je comprends et nous pouvons admirer ces 1% qui réussissent car la lutte est intense quand on sait qu'il y a méritocratie ET méritocratie - croire que les plus vaillants, motivés, sûrs d'eux peuvent surmonter les obstacles tout est juste question de volonté (ce que je conçois tout à fait : tout en chacun de nous, lorsque nous souhaitons réellement quelque chose nous pouvons l'obtenir peu importe les obstacles, il suffit de prendre des risques et accepter d'en payer le prix) et croire que certains, par leur "background", se doivent, du moins ont le droit de préserver leur statut et privilèges, ce qui freinent l'ascension des autres (eh oui dans le capitalisme triomphant, impossible que nous soyons tous riches, le gâteau étant limité... Et surtout pour cumuler il faut prendre chez les autres !) 
Mais d'après vous qui d'entre le "self-made-man" et "le fils de" est le plus représentatif des élites économiques et politiques du monde ? Même dans les pays dits émergents les "nouveaux riches" sont des "fils/apparentés/liés de"
Bref, il faut arrêter de rêver ! Encore plus du "Black american" ! Cette figure est néfaste car elle occulte les vrais problèmes. Surtout elle n'est que le triomphe du système capitaliste raciste (aujourd'hui personnifié par les Illuminatis LOL) et la défaite du long combat des Afro-américains. 
Oui disons-le haut et fort, le combat des Afro-américains est  un immense échec d'autant plus que les 1% promeuvent les bienfaits d'un système largement défavorable à leur "communauté".
Le "Black american" fausse la donne en individualisant des phénomènes sociaux et historiques. Les rois autoproclamés du Hip Hop Jay-Z et Kanye West exultent leurs richesses et leur puissance avec un album commun "Watch the throne", le compte Twitter d'Oprah Winfrey est une longue succession de quotes sur la volonté, la tenacité, et tout un blablabla moralisateur qui donnent l'impression que si une majorité de Noirs sont dans la merde c'est qu'ils kiffent y être, qu'ils sont racialement conçus pour kiffer cette merde et que seuls les "motivés" s'en sortent, suffit d'être un temps soit peu responsable.
Ce que je dis est choquant pourtant beaucoup pensent comme cela peu importe leurs origines - Blancs Noirs, Asiats tout ce que tu veux - Et ils pensent de la même façon sur l'Afrique.
Là où je veux en venir c'est que dans ce système, la réussite d'un "Black american", d'un Afropéen ou même d'un Etat ne permettra pas le développement de la "communauté", de la diaspora ni du continent africain. Le système est si gangrené par le racisme, le retard économique si important alors que le capitalisme est en cours d'implosion. Penser qu'un jour on dépassera la question de la "race" (= une terrible réalité sociale), qu'un jour les Noirs auront le privilège d'avoir autant de réussites et d'échecs que les autres, que le continent sera le dernier refuge de l'humanité prospère et triomphante est un LEURRE. Accepter les règles d'un jeu qui nous a disqualifié d'avance à cause de notre couleur de peau, c'est être déjà perdant.
J'ai l'impression qu'aujourd'hui nous sommes à un tournant. Le système doit rendre l'âme mais il s'accroche et là il est aidé par le "Black american" qui fascine les foules. Des foules en retard à comprendre les choses, que c'est déjà fini qu'il est temps de dire NEXT ! 
Chez les Afros, nous sommes tellement embourbés dans nos luttes personnelles et collectives qu'on a toujours un train de retard et il en sera toujours ainsi, si nous persistons dans cette voie.
Le "Black american" nous empêche de réfléchir, de nous rendre à l'évidence : Il faut changer le système. Au lieu de se fatiguer à se conformer (surtout que ça n'ira jamais, on se débarrassera jamais de notre couleur), faisons autre chose. Que toutes nos énergies produisent une réelle créativité, redécouvrent une nouvelle spontanéité,  et réinventent un monde où chacun a sa place, où les catégorisations seraient caduques. C'est subversif et utopique mais c'est ce dont nous avons besoin ! Pas que chez les Afros d'ailleurs mais dans toute la société.


Le "Black american" un cliché à lui tout seul

Vous vous souvenez de cet acteur ? c'est Taye Diggs et pour visualiser le "Black american" regardez le dans la série détestable "Kevin Hill" :)

Dernière chose concernant le "Black american" ce qui me débecte chez ce personnage c'est qu'il a réussi en se servant (certes à bon escient) des clichés sur les Noirs. Et même si ça concerne en majeur partie des clichés positifs, c'est toutefois déplorable et honteux.
Je ris absolument pas et n'éprouve aucune sympathie pour M. Obama, le président le plus cool du monde. Ok, il joue sur le cliché pour en tirer profit et se démarquer des autres (en terme de communication politique, c'est une très bonne stratégie) mais il en fait beaucoup trop et en plus c'est gros comme une maison que c'est du marketing d'image (le côté mec parfait m'a saoulé LOL et j'ai l'impression qu'un Noir pour réussir dans les domaines "sérieux" genre politique, journalisme etc... doit sembler parfait, sans tare car la couleur en est déjà une à la base ).
J'ai aussi beaucoup de mal avec ces Afro-américains qui sur-jouent les mecs virils, exposent leur sexualité débridée et insatiable, comptent une ou deux "baby mama" dans leur tableau de chasse.
Surtout ce vendredi, j'ai eu l'occasion de rencontrer un "black american" à l'ouverture du festival international des films de la diaspora africaine. Le film présenté était Mooz-Lum du réalisateur Noir américain Qasim Basir, présent dans la salle : a priori il est intéressant car il aborde les tiraillements d'un jeune afro entre sa foi musulmane et ses aspirations personnelles.
A la fin du film, on a tous ovationné le réalisateur mais je dois avouer avoir applaudi pour sa présence (je reste quand même physiquement fascinée par le "Black american" à cause d'une fâcheuse tendance à croire que ce sont les Noirs les plus sexy du monde LOL) mais aussi parce qu'il nous a expliqué toute la difficulté qu'il a eu pour distribuer ce premier long métrage largement autobiographique. J'ai applaudi parce que je voulais qu'il sache que j'étais derrière lui et que l'on a besoin de ce genre de réalisateur. Toutefois, si je devais faire une critique du film je ne mettrais pas plus de 2 ou 3 sur 10 tant le film est médiocre. D'abord le sujet, assez convenu "je suis black dc je fais du black" bon ça c'est OK car il n'y en a pas assez et rien de mieux qu'un "black" pour faire un sujet "black" Ce que je reproche au réalisateur, c'est de ne pas avoir saisi la problématique de ses identités particulières - Noir et musulman - pour nous livrer un récit original dépassant les frontières de la catégorisation, quelque chose de subtil, complexe qui prête à réfléchir. Au lieu de quoi, on se tape une histoire insipide sur un jeune homme qui doit se réadapter à la vie laïque après avoir reçu une éducation religieuse très sévère. Le réalisateur ne propose aucun fond (sujet vu et revu sauf que là c'est un "Black american" musulman) mais encore moins de forme, aucune prise de risque dans la mise en scène, une narration plate, une façon de filmer digne d'un amateur - et encore moi-même j'aurais proposé quelque chose de plus inventif.
Je ne crois pas que ce soit le manque de moyen qui explique cette nullité, je crois profondément que Qasim Basir n'a aucun talent et pourtant je me suis levée et j'ai applaudi... Applaudi avec conviction. J'ai vite regretté mon engouement lorsque je suis allée lui poser quelques questions. Son attitude était celle de la caricature du "Black american" : un port de tête hautain et fier, le regard qui scrute ton potentiel sexuel et une manière de s'interrompre pour aller se servir au buffet sans un seul mot d'excuse puis revenir l'air de dire "encore 2 minutes, meuf"(c vrai que le mec c'est le futur Spike Lee méga Joke)
En fin de compte, le constat est assez triste. Malgré la réussite (qui d'après eux se serait faite indépendamment de la couleur, suffit de volonté je te dis !), ils sont dans l'incapacité de sortir de leur condition noire  "professionnellement" (et au final le peuvent-ils vraiment ? n'est ce pas ce que l'on veut d'eux ?)
Combien de fois j'ai écouté, lu et vu des oeuvres "afros" franchement médiocres, qui ne s'améliorent pas dans la technique ou la forme et ne proposent rien de particulier si ce n'est d'être Noir donc symbole de représentations attendues par tous... Et en même temps, il y a ce refus - absolument justifié - de ne pas s'intéresser aux problèmes de la communauté préférant lui faire la morale et lui servir la soupe de l'idéologie dominante.

Le "Black american" ou le "Blackgeois" a t-il une responsabilité sociale envers sa communauté ?



Cette question fait débat en ce moment. J'ai lu quelque part (ça me revient c'est sur le blog sista diaspora) qu'il a été reproché à Jay-Z de ne pas prendre ses responsabilités sociales envers sa "communauté". Si vous avez lu ce que j'ai dit précédemment pas besoin que je développe.
Dans tous les cas, qu'il le veuille ou non, le Noir dont la réussite est visible médiatiquement ne pourra échapper à sa communauté car que ce soit les Noirs ou les autres, il sera perçu avant tout par sa couleur de peau et donc comme représentatif de cette communauté en manque de  visibilité et de reconnaissance.
Le Noir qui réussit est le miroir grossissant de l'échec de la "communauté", de ce qui ne va pas entre elle et la société.
Ce rôle qu'on impose à la personne est pesant et ingrat car très souvent dans la "communauté" on ne pousse pas les gens à la réussite et si on peut se mettre des bâtons dans les roues, on n'hésite pas à le faire (je dirais comme partout, c'est la dure loi de la concurrence mais c'est tellement ridicule quand on le fait avec des personnes dont on partage des intérêts communs). Donc pourquoi penser à la communauté lorsque celle-ci ne t'a jamais soutenue ?!??!!!
Tu peux refuser qu'on te lie à elle, tu peux refuser que l'on t'enferme dans ta condition mais c'est d'une hypocrisie sans nom de croire que tu es là où tu es UNIQUEMENT parce que tu es toi et SURTOUT pas parce que tu es noir.
Pour répondre à la question, je pense qu'il est plus facile pour un Noir de prendre du recul, que même riche et puissant il doit subir des humiliations qu'il lui rappelle qu'au final il est toujours noir donc implicitement inférieur. Une infériorité qui s'exprime aussi par l'adoption de valeurs et idées qui servent la domination capitaliste blanche, maintiennent une hiérarchisation raciale, créent des complexes chez les individus.
Pour éradiquer le racisme, permettre aux Noirs de se réaliser en tant qu'individu c'est-à-dire sans se conformer à des clichés ou caricatures, pour qu'enfin ils puissent se penser et se voir comme autre chose qu'un Noir, il est important que le blackgeois dénonce ce qui ne va pas dans le système et mette des mots sur le racisme ordinaire et sociétal. Mais surtout, pour la survie de son espèce, le blackgeois a tout intérêt à ce qu'il y est beaucoup plus de Noirs à la table du gâteau capitaliste.




Bon je vous laisse avec Mos Def, lui au moins il a tout compris, je le kiffe !

La défaite du "Black american"

United states of America, what a wonderful world !

Ces derniers temps, je suis particulièrement remontée contre les Etats-Unis. 
Bien-sûr, il ne s'agit pas d'un anti-américanisme chauvin (et hypocrite) à la De Gaulle mais d'un mépris totalement rationnel envers un pays qui incarne, à outrance, tout ce qui ne va pas dans notre monde malade. Mon dégoût pour la première puissance mondiale résulte d'une réflexion cohérente avec mes positionnements idéologiques et ma vision du monde.
Cette précision semble inutile mais il y a 1 mois j'ai tweeté avec virulence : " #USA Comment peut-on encore être fasciné par ce pays de dingues où tout y est effrayant : racisme/armes/inégalités/obésité et j'en passe" 
Outre le fait que c'est l'un de mes tweets les plus retweetés (fierté :D), je fus surprise par les arguments des réactions négatives à mon tweet. J'ai eu droit à un commentaire stupide de xénophobie (en même temps, j'ai tout eu sur Twitter j'ai appris que j'étais une raciste !??!!! Venant d'une femme noire qui se pense "subversive" je me dis que les gardiens de la pensée unique chez les afros sont fascinants car + diversifiés qu'on ne le croit...LOL). Quant à celui qui m'a affirmé que je suis xénophobe, il faut reconnaître que ce tweet appelle à la haine des américains -_-"... 
Surprise aussi par des réponses naïves, profondément plates et laconiques, dignes des années 80 "car ils ont le swagg" (ben oui, quand tu as le swagg tu peux tout te permettre, je vais me reconvertir dans le swagg d'ailleurs) "car le monde est américain" (il est temps de changer les manuels d'HG !!!!) "c eux qui nous ont donné Mcdo, Apple et les meilleures séries" (la meilleure culture du monde, tu n'as pas à réfléchir sur le sens de la vie, tu as juste à consommer !!)
Ce jour là, j'ai eu la très mauvaise idée de répondre à chacun de mes contradicteurs. 
Mais à quoi cela sert-il lorsque ces personnes sont incapables de prendre de la distance, sortir de leur moule pour tenter de voir la réalité dans sa globalité brute, telle qu'elle est. Complexe et bien loin des clichés "positifs" que nous assène USA grâce à ses produits standards et ses valeurs inculquées via les médias et la culture.
À mes contradicteurs, je pose la question : Que vaut la magie de New-York avec ses buildings éclairés, ses panneaux publicitaires à écrans géants, sa population dynamique, émancipée, cultivée, ses femmes indépendantes, ses bars lounges, ses relations superficielles etc... Que vaut cet îlot de prospérité, d'individualisme et de surconsommation à côté des étendues de régions dévastées par le dépérissement économique, l'extrême pauvreté, la circulation des armes, la déchéance morale qui s'accompagne souvent d'un renouveau religieux mystificateur.


Comme je l'expliquais aux twittos, dans mon échelle de valeurs ce que les oligarches d'USA ont apporté aux "gueux" de leur pays et du monde entier ne vaut pas autant de vies sacrifiées
Quand je parle de sacrifice, je ne vise pas uniquement ceux qui meurent directement de la pauvreté mais aussi de cette masse béate aux horizons flouées, aux vies sans perspective, glauques et déprimantes car le bonheur tant promis n'est pas arrivé et n'arrivera jamais. Tandis que nous sommes devenus les esclaves de désirs non naturels toujours recrées, suscités par ces "as" du marketing, condamnés au cycle de l'éternel recommencement vers la quête de l'insaisissable.  
Une masse toujours béate qui persiste à croire que son système est le meilleur, que son gouvernement est le meilleur et qu'il ne sert que les intérêts du peuple américain. 
Mais aujourd'hui, on ne peut plus se voiler la face. La crise économique actuelle est une formidable occasion (qui semble complètement ratée) de se rendre à l'évidence : le capitalisme ne doit pas être le stade ultime de nos civilisations. Certes, il a réduit la pauvreté (encore heureux) mais le ratio du nombre de riches pour tant de pauvres démontre que NON nous ne vivons pas dans le meilleur système économique. Pour qu'un plus grand nombre de minoritaires puissent s'enrichir sans arrêt il a fallu ponctionner les ressources des autres, nier tout respect à notre terre nourricière, provoquer des guerres injustes, escroquer à coup de propagande. Aujourd'hui tout le monde le sait : les alternatives doivent se mettre en place, reste plus qu'à passer à l'action.
Je m'étale un peu mais à vrai dire je pourrais écrire des pages et des pages sur l'énorme responsabilité de ce pays dans la catastrophe qui nous guette. Et cela doit être signalé vigoureusement lorsqu'on constate l'hégémonie des USA dans les affaires du monde, son influence sur les consciences et les représentations collectives.
De cet anti-américanisme découle chez moi un sentiment hostile envers la figure du "Black american". Il y a quelques années, quand je découvrais le monde j'étais comme 3/4 des "afros conscients" (AVERTISSEMENT : j'utilise très souvent des termes réducteurs qui désignent des réalités complexes : qu'est ce qu'un afro ? qui plus est conscient ! Comme il est d'utilité publique (attention égotrip) que je finisse cet article je développerai l'importance des termes une prochaine fois :-)
Donc je disais comme 3/4 des afros conscients j'adulais les Black Panthers, les mouvements noirs pour les droits civiques, l'incontournable Martin Luther king etc...Et inconsciemment, je ne pouvais m'empêcher de voir le "Black american" comme le stade suprême du Noir réhabilité dans sa fierté et sa dignité tandis qu'ici on devait se contenter d'ersatz, d'afropéens sans envergure, fuyant leurs "destins" par l'assimilation. Au point de penser bêtement que le Black american est un modèle de combat et qu'il était nécessaire d'appliquer les mêmes méthodes pour vaincre le racisme institutionnel français. 
Je me suis vite rendue compte à quel point mon raisonnement était simpliste et caricatural. Ma formation d'historienne m'a rappelé aussi que nous ne pouvons pas relier des diasporas noires si différentes dans leur histoire et leur contexte social sans omettre les écarts culturels.


Les Noirs dans l'Amérique post-raciale  d'Obama




D'autant qu'à bien étudier la situation des Noirs américains, je devais reconnaître l'échec de leurs combats : alors qu'une "blackgeoisie" (superbe néologisme de nos brillants journalistes...) illumine nous autres, Afropéens, campés dans nos frustrations, les chiffres et les évènements empêchent de nier une réalité alarmante.
D'après une étude de l'Economic Policy Institute (source Atlantico.fr), la crise économique de 2008 a sévèrement touchée les Noirs. Le salaire médian moyen d'un foyer a chuté de 83% entre 2004 et 2011 provoquant déclassement et paupérisation des classes moyennes noires.
En juillet 2012, Les Noirs composent 14,4 % des chômeurs dans un pays qui compte au total 8,3% de chômeurs de sa population active. 
Mais le plus gros scandale que subissent les Afro-américains reste le nombre d'incarcérations, avec 2 millions de Noirs dans les prisons américaines. Cela représente plus que le nombre de Noirs enfermés en Afrique du sud sous le régime de l'apartheid ! Cette incarcération de masse est la conséquence d'une politique de discriminations persistante. La guerre contre les drogues et le mouvement "tolérance zéro"  ciblent les millions de pauvres gens, en grande majorité "de couleur". Sans oublier, les contrôles au faciès et les brutalités policières. Les GAV concernent en grande partie des délits non violents, à l'usage et au petit commerce de drogues, le type d'infractions très présent dans les classes moyennes blanches ou sur les campus mais totalement ignoré par la police ! À Chicago, 80 % des Afro-américains de sexe masculin en âge de travailler ont un casier judiciaire concernant majoritairement des délits mineurs. Cela a une incidence non négligeable dans la vie de ces hommes : désignés comme criminels, ils deviennent des citoyens de seconde zone puisqu'ils perdent leurs droits civiques (droit de vote, droit de participer à un jury, droit à l'égalité de traitement face à l'emploi, au logement à l'éducation, à la prévoyance sociale...) Tout ceci alors que plusieurs études ont démontré que les Noirs ne commettent pas plus d'actes répréhensibles que les autres ou encore plus de crimes liés à la drogue que les Blancs.  
Michelle Alexander, auteure de "The new Jim Crow : Mass incarceration in the age of colorblindness" (2010) est une experte juriste et avocate des droits civiques. Dans cet ouvrage, elle explique comment le système de castes raciales institué par la ségrégation est toujours intact, qu'il a juste été remodelé pour que le contrôle racial passe par la justice criminelle.
source : une interview de Michelle Alexander, à lire ici

Tuons le "Black american"

Dans un tel contexte d'oppression et d'injustice, je m'interroge sur le "Black american", celui que mes cousins et potes noirs admirent, copient le swagg, rêvent de devenir faisant de constants allers-retours entre USA et France. Le "Black american" c'est les 1% appartenant à la blackgeoisie avec une visibilité immense car ils cartonnent dans la musique, la télévision, le cinéma donnant espoir à tous ces jeunes "negros" de faire la même chose ici en France.
A lire le parcours de Jay-Z, Oprah Winfrey et compagnie, on peut qu'être admiratifs : ils ont fait sauter les verrous de cette société ultra-conservatrice, à la mobilité sociale pas si mirobolante que ça et dont l'essence est raciste. Même si on préfère penser au mythe positif du "melting polt", les Etats-Unis restent un pays TRÈS raciste - La genèse même de cette nation repose sur un des plus grands génocides de l'Histoire, celui des Indiens d'Amérique. Pourtant, c'est totalement occulté de la mémoire collective... Alors ceux qui parlent déjà d'Amérique post-raciale sous prétexte qu'un Noir occupe le poste suprême sont de grands comiques ! Ils n'ont toujours pas compris que le racisme n'est pas une "méchante" opinion que de malheureux imbéciles auraient choisi mais un fait institutionnalisé, un morceau d'ADN de la nation américaine (et plus largement des civilisations occidentales).
Donc y réussir quand on est noir reste d'une exceptionnalité déconcertante. Donc oui je comprends et nous pouvons admirer ces 1% qui réussissent car la lutte est intense quand on sait qu'il y a méritocratie ET méritocratie - croire que les plus vaillants, motivés, sûrs d'eux peuvent surmonter les obstacles tout est juste question de volonté (ce que je conçois tout à fait : tout en chacun de nous, lorsque nous souhaitons réellement quelque chose nous pouvons l'obtenir peu importe les obstacles, il suffit de prendre des risques et accepter d'en payer le prix) et croire que certains, par leur "background", se doivent, du moins ont le droit de préserver leur statut et privilèges, ce qui freinent l'ascension des autres (eh oui dans le capitalisme triomphant, impossible que nous soyons tous riches, le gâteau étant limité... Et surtout pour cumuler il faut prendre chez les autres !) 
Mais d'après vous qui d'entre le "self-made-man" et "le fils de" est le plus représentatif des élites économiques et politiques du monde ? Même dans les pays dits émergents les "nouveaux riches" sont des "fils/apparentés/liés de"
Bref, il faut arrêter de rêver ! Encore plus du "Black american" ! Cette figure est néfaste car elle occulte les vrais problèmes. Surtout elle n'est que le triomphe du système capitaliste raciste (aujourd'hui personnifié par les Illuminatis LOL) et la défaite du long combat des Afro-américains. 
Oui disons-le haut et fort, le combat des Afro-américains est  un immense échec d'autant plus que les 1% promeuvent les bienfaits d'un système largement défavorable à leur "communauté".
Le "Black american" fausse la donne en individualisant des phénomènes sociaux et historiques. Les rois autoproclamés du Hip Hop Jay-Z et Kanye West exultent leurs richesses et leur puissance avec un album commun "Watch the throne", le compte Twitter d'Oprah Winfrey est une longue succession de quotes sur la volonté, la tenacité, et tout un blablabla moralisateur qui donnent l'impression que si une majorité de Noirs sont dans la merde c'est qu'ils kiffent y être, qu'ils sont racialement conçus pour kiffer cette merde et que seuls les "motivés" s'en sortent, suffit d'être un temps soit peu responsable.
Ce que je dis est choquant pourtant beaucoup pensent comme cela peu importe leurs origines - Blancs Noirs, Asiats tout ce que tu veux - Et ils pensent de la même façon sur l'Afrique.
Là où je veux en venir c'est que dans ce système, la réussite d'un "Black american", d'un Afropéen ou même d'un Etat ne permettra pas le développement de la "communauté", de la diaspora ni du continent africain. Le système est si gangrené par le racisme, le retard économique si important alors que le capitalisme est en cours d'implosion. Penser qu'un jour on dépassera la question de la "race" (= une terrible réalité sociale), qu'un jour les Noirs auront le privilège d'avoir autant de réussites et d'échecs que les autres, que le continent sera le dernier refuge de l'humanité prospère et triomphante est un LEURRE. Accepter les règles d'un jeu qui nous a disqualifié d'avance à cause de notre couleur de peau, c'est être déjà perdant.
J'ai l'impression qu'aujourd'hui nous sommes à un tournant. Le système doit rendre l'âme mais il s'accroche et là il est aidé par le "Black american" qui fascine les foules. Des foules en retard à comprendre les choses, que c'est déjà fini qu'il est temps de dire NEXT ! 
Chez les Afros, nous sommes tellement embourbés dans nos luttes personnelles et collectives qu'on a toujours un train de retard et il en sera toujours ainsi, si nous persistons dans cette voie.
Le "Black american" nous empêche de réfléchir, de nous rendre à l'évidence : Il faut changer le système. Au lieu de se fatiguer à se conformer (surtout que ça n'ira jamais, on se débarrassera jamais de notre couleur), faisons autre chose. Que toutes nos énergies produisent une réelle créativité, redécouvrent une nouvelle spontanéité,  et réinventent un monde où chacun a sa place, où les catégorisations seraient caduques. C'est subversif et utopique mais c'est ce dont nous avons besoin ! Pas que chez les Afros d'ailleurs mais dans toute la société.


Le "Black american" un cliché à lui tout seul

Vous vous souvenez de cet acteur ? c'est Taye Diggs et pour visualiser le "Black american" regardez le dans la série détestable "Kevin Hill" :)

Dernière chose concernant le "Black american" ce qui me débecte chez ce personnage c'est qu'il a réussi en se servant (certes à bon escient) des clichés sur les Noirs. Et même si ça concerne en majeur partie des clichés positifs, c'est toutefois déplorable et honteux.
Je ris absolument pas et n'éprouve aucune sympathie pour M. Obama, le président le plus cool du monde. Ok, il joue sur le cliché pour en tirer profit et se démarquer des autres (en terme de communication politique, c'est une très bonne stratégie) mais il en fait beaucoup trop et en plus c'est gros comme une maison que c'est du marketing d'image (le côté mec parfait m'a saoulé LOL et j'ai l'impression qu'un Noir pour réussir dans les domaines "sérieux" genre politique, journalisme etc... doit sembler parfait, sans tare car la couleur en est déjà une à la base ).
J'ai aussi beaucoup de mal avec ces Afro-américains qui sur-jouent les mecs virils, exposent leur sexualité débridée et insatiable, comptent une ou deux "baby mama" dans leur tableau de chasse.
Surtout ce vendredi, j'ai eu l'occasion de rencontrer un "black american" à l'ouverture du festival international des films de la diaspora africaine. Le film présenté était Mooz-Lum du réalisateur Noir américain Qasim Basir, présent dans la salle : a priori il est intéressant car il aborde les tiraillements d'un jeune afro entre sa foi musulmane et ses aspirations personnelles.
A la fin du film, on a tous ovationné le réalisateur mais je dois avouer avoir applaudi pour sa présence (je reste quand même physiquement fascinée par le "Black american" à cause d'une fâcheuse tendance à croire que ce sont les Noirs les plus sexy du monde LOL) mais aussi parce qu'il nous a expliqué toute la difficulté qu'il a eu pour distribuer ce premier long métrage largement autobiographique. J'ai applaudi parce que je voulais qu'il sache que j'étais derrière lui et que l'on a besoin de ce genre de réalisateur. Toutefois, si je devais faire une critique du film je ne mettrais pas plus de 2 ou 3 sur 10 tant le film est médiocre. D'abord le sujet, assez convenu "je suis black dc je fais du black" bon ça c'est OK car il n'y en a pas assez et rien de mieux qu'un "black" pour faire un sujet "black" Ce que je reproche au réalisateur, c'est de ne pas avoir saisi la problématique de ses identités particulières - Noir et musulman - pour nous livrer un récit original dépassant les frontières de la catégorisation, quelque chose de subtil, complexe qui prête à réfléchir. Au lieu de quoi, on se tape une histoire insipide sur un jeune homme qui doit se réadapter à la vie laïque après avoir reçu une éducation religieuse très sévère. Le réalisateur ne propose aucun fond (sujet vu et revu sauf que là c'est un "Black american" musulman) mais encore moins de forme, aucune prise de risque dans la mise en scène, une narration plate, une façon de filmer digne d'un amateur - et encore moi-même j'aurais proposé quelque chose de plus inventif.
Je ne crois pas que ce soit le manque de moyen qui explique cette nullité, je crois profondément que Qasim Basir n'a aucun talent et pourtant je me suis levée et j'ai applaudi... Applaudi avec conviction. J'ai vite regretté mon engouement lorsque je suis allée lui poser quelques questions. Son attitude était celle de la caricature du "Black american" : un port de tête hautain et fier, le regard qui scrute ton potentiel sexuel et une manière de s'interrompre pour aller se servir au buffet sans un seul mot d'excuse puis revenir l'air de dire "encore 2 minutes, meuf"(c vrai que le mec c'est le futur Spike Lee méga Joke)
En fin de compte, le constat est assez triste. Malgré la réussite (qui d'après eux se serait faite indépendamment de la couleur, suffit de volonté je te dis !), ils sont dans l'incapacité de sortir de leur condition noire  "professionnellement" (et au final le peuvent-ils vraiment ? n'est ce pas ce que l'on veut d'eux ?)
Combien de fois j'ai écouté, lu et vu des oeuvres "afros" franchement médiocres, qui ne s'améliorent pas dans la technique ou la forme et ne proposent rien de particulier si ce n'est d'être Noir donc symbole de représentations attendues par tous... Et en même temps, il y a ce refus - absolument justifié - de ne pas s'intéresser aux problèmes de la communauté préférant lui faire la morale et lui servir la soupe de l'idéologie dominante.

Le "Black american" ou le "Blackgeois" a t-il une responsabilité sociale envers sa communauté ?



Cette question fait débat en ce moment. J'ai lu quelque part (ça me revient c'est sur le blog sista diaspora) qu'il a été reproché à Jay-Z de ne pas prendre ses responsabilités sociales envers sa "communauté". Si vous avez lu ce que j'ai dit précédemment pas besoin que je développe.
Dans tous les cas, qu'il le veuille ou non, le Noir dont la réussite est visible médiatiquement ne pourra échapper à sa communauté car que ce soit les Noirs ou les autres, il sera perçu avant tout par sa couleur de peau et donc comme représentatif de cette communauté en manque de  visibilité et de reconnaissance.
Le Noir qui réussit est le miroir grossissant de l'échec de la "communauté", de ce qui ne va pas entre elle et la société.
Ce rôle qu'on impose à la personne est pesant et ingrat car très souvent dans la "communauté" on ne pousse pas les gens à la réussite et si on peut se mettre des bâtons dans les roues, on n'hésite pas à le faire (je dirais comme partout, c'est la dure loi de la concurrence mais c'est tellement ridicule quand on le fait avec des personnes dont on partage des intérêts communs). Donc pourquoi penser à la communauté lorsque celle-ci ne t'a jamais soutenue ?!??!!!
Tu peux refuser qu'on te lie à elle, tu peux refuser que l'on t'enferme dans ta condition mais c'est d'une hypocrisie sans nom de croire que tu es là où tu es UNIQUEMENT parce que tu es toi et SURTOUT pas parce que tu es noir.
Pour répondre à la question, je pense qu'il est plus facile pour un Noir de prendre du recul, que même riche et puissant il doit subir des humiliations qu'il lui rappelle qu'au final il est toujours noir donc implicitement inférieur. Une infériorité qui s'exprime aussi par l'adoption de valeurs et idées qui servent la domination capitaliste blanche, maintiennent une hiérarchisation raciale, créent des complexes chez les individus.
Pour éradiquer le racisme, permettre aux Noirs de se réaliser en tant qu'individu c'est-à-dire sans se conformer à des clichés ou caricatures, pour qu'enfin ils puissent se penser et se voir comme autre chose qu'un Noir, il est important que le blackgeois dénonce ce qui ne va pas dans le système et mette des mots sur le racisme ordinaire et sociétal. Mais surtout, pour la survie de son espèce, le blackgeois a tout intérêt à ce qu'il y est beaucoup plus de Noirs à la table du gâteau capitaliste.




Bon je vous laisse avec Mos Def, lui au moins il a tout compris, je le kiffe !