16 juin 2012

Kinshasa, la Belle


Je veux être avec ma famille à Kinshasa Me poser sur la rive du fleuve Kongo et voir le coucher du soleil sur Matadi  


Bientôt un an que j'ai fait la connaissance de Kinshasa. 
Désormais le jour de mon anniversaire est synonyme de première fois.
Première fois sur la terre de mes ancêtres.
Première fois dans l'atmosphère feutrée de la ville gigantesque, grouillante d'âmes en peine.
Première fois que je découvre mon visage vieilli en la personne de ma tante bien aimée.

J'ai le coeur serré, le temps passe si vite ! Je n'ai pas beaucoup appelé depuis mon retour en France : la peur de décevoir en apprenant que je vivais seule sans être mariée et l'incapacité d'envoyer l'aide financière demandée.
Mais plus que jamais mon coeur est de retour au bercail. Je ne cesse de penser et me sais investie d'une importante mission.
Ici en Europe, je sens un monde qui se meurt, qui n'a plus rien à offrir, qui croule sous les illusions et les mensonges comme si on pouvait empêcher l'inéluctable.
Je ne prétends pas apporter une quelconque solution ou rêver à un improbable retour définitif .
Mais la conviction est là, nous sommes à un tournant de l'Histoire... L'aube africaine se fait entrevoir.
Fini l'envoi d'argent sporadique et improductif ! Ce qu'il faut : c'est une véritable stratégie d'investissement, un business qui profite à toute la famille et qui entraîne dans son sillage l'entourage large : ma responsabilité n'est pas de succéder à mon père pour envoyer une somme d'argent chaque mois et voir la situation se dégrader d'années en années.
Oui, je vais me tuer au travail et faire le maximum d'économies pour investir au pays en premier dans une parcelle et si Dieu le veut dans un business viable et plein d'avenir.
Plus facile à dire qu'à faire mais la volonté est là. 
Ici mon père a sacrifié ses rêves pour que j'exerce un métier si beau, si épanouissant intellectuellement... mais dont les conditions ne cessent d'empirer. 
Ici, tout le monde est morose : même les enfants ne sourient plus, à 10 ans à peine ils cumulent une rage insupportable à canaliser, ils se résignent et n'éprouvent aucun optimisme quant à leur avenir : ils ne comprennent pas que c'est ce que les gens d'en haut attendent et veulent d'eux : des êtres résignés, enfermés dans leur condition, exprimant leur colère de la pire façon qu'il soit : en s'entre-tuant les uns les autres...
Ici, tout le monde a peur car ce qu'on nous a tant promis s'est volatilisé ! Non, nous ne vivrons pas une vie insouciante et consumériste, dénuée de sens et d'objectif si ce n'est d'avoir plus que son voisin.
Ici c'est la guerre pour survivre ou simplement garder le peu de level qu'on a connu, le "chacun pour soi" est la règle de notre société : ceux qui sont en haut s'accrochent perfidement aux derniers vestiges de leur gloire passée et ceux qui sont en bas transforment leur désarroi en détestation de l'autre.
A vrai dire, on a l'impression de découvrir l'enfer que connait déjà les villes africaines comme Kinshasa.
Plus rien ne me fait douter, rien n'est prévisible, on a touché le fond alors nous ne pouvons que croire en l'aube qui arrive.
Nous sommes à un tournant et je serai là.