5 février 2011

Indignons-nous contre le viol de masse en République Démocratique du Congo

D'après Albert Camus : "la valeur d'une société dépend de la manière dont elle traite ses femmes, de l'image qu'elle s'en fait, des marges de manoeuvres dont celles-ci disposent"

La société congolaise va donc donc très mal ! Ses valeurs sont parasitées, foulées du pied par ces militaires et civils qui se livrent à des agressions sexuelles récurrentes sur les femmes des provinces orientales au Congo-RD.

Depuis 2002, des membres de groupes armés, protagonistes d'un conflit larvé à l'Est du Congo (incluant le voisin rwandais) s'attaquent constamment aux femmes congolaises du Nord et Sud Kivu. 
Une large partie d'entre eux, appartient aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).  Mais il faut aussi compter ceux de l'armée gouvernementale (soutenue par les Nations Unis), et le comble, d'après certains rapports, quelques Casques bleus de la MONUC (Mission de l'Organisation des Nations Unis en République Démocratique du Congo).
Je vous laisse imaginer le contexte d'horreur dans lequel se trouvent actuellement les autochtones ! 

Depuis 2002, ces hommes perpètrent le viol sur le maximum de personnes, à plusieurs reprises sur les mêmes victimes et très souvent de manière collective (plusieurs assaillants s'attaquent à une même victime).La régularité, tout à fait scandaleuse de ces actes est liée à l'absence totale de sanctions envers les criminels. Les autorités judiciaires, politiques et administratives, corrompues et sans volonté ne font rien et malgré les alertes, plus ou moins médiatisées, de la part des associations locales et des ONG, le problème ne semble pas faire l'objet d'une réelle attention au Congo et en Afrique.

Comment expliquer cela ? En découvrant ce phénomène honteux, je cherche à comprendre qu'est ce qui a bien pu se passer pour que l'on en arrive là  ? et moi que puis-je faire aujourd'hui ?

Avant de développer mon point de vue, je souhaite mettre les choses au clair .
Pour analyser les situations dramatiques en Afrique, il est extrêmement important de replacer les données dans leur contexte, de prendre en mesure tous les acteurs présents (politiques et surtout économiques), et leurs intérêts, sans oublier les processus socio-historiques.
Cette contextualisation est indispensable pour dépasser la simple étude politique, très souvent confinée à un prisme ethnico-culturel, produit d'une vision essentialiste de l'Afrique...
Ces règles devraient être une évidence pour tout intellectuel intègre. Pourtant, le traitement actuel des sujets sur l'Afrique reste insatisfaisant. Beaucoup d'articles et reportages sont souvent exemptés de toute rigueur "objective" de la part des commentateurs  français. A mon sens, ceci témoigne d'une sorte de disqualification du sujet même. Dès qu'il s'agit de l'Afrique, vu sa place "marginale" dans le monde, pourquoi se casser la tête avec !
Bon j'exagère un peu... Je pense que les problèmes y sont si complexes que en rendre compte n'est pas si évident. Mon ton si acerbe fait suite à l'intervention de soi disant spécialistes sur l'Afrique (sic!), qui se permettent de propager d'énormes inepties à la télévision, avec des airs condescendants de grands savants cf. Antoine Glaser sur TV5 Monde ! Cela révèle plus de l'ignorance, résultat d'une vision conservatrice et européo-centrée de l'Afrique, chez ces personnes. Il n'empêche que je suis toujours autant surprise ! 
Bref, concernant ceux qui ont l'immense privilège de s'exprimer sur le sujet, car ils disposeraient de certaines compétences pour éclairer au maximum les téléspectateurs sur les évènements en Afrique, je constate que très souvent journalistes et spécialistes se laissent emporter par leurs fantasmes et a-priori sur le continent !
Heureusement il n' y a pas QUE de mauvais commentateurs, il faut juste trouver les bons et je vous recommande en particulier le blog de cette spécialiste belge Colette Braeckman.

Je n'ai pas la prétention de proposer une étude exhaustive de ces actes horribles au Congo mais je tiens absolument à en parler et apporter mon avis, certes humble, mais qui se veut un avis porteur d'une action !
En découvrant cette réalité occultée, (évoquée de temps en temps pour la forme ou encore faisant l'objet d'une intrigue pour série américaine cf. Saison 12 de la série New york, Unité spéciale), je sentais l'indignation et la colère grandir en moi. Il a fallu que je vois ceci et ceci pour me dire qu'il ne servait à rien de s'apitoyer sur le sort de ces femmes. Moi qui n'ai aucune connaissance de mon pays d'origine (si ce n'est à travers le regard des autres), je me sens toutefois concernée par son devenir. 

J'estime qu'une mobilisation de la diaspora congolaise vivant en France est nécessaire, pour que les choses bougent. Nos parents et nous enfants, avons le devoir et le poids économique pour interpeller les autorités ! 
Il faut du courage et de la détermination pour lutter contre ces exactions. Seules, les personnes appartenant ou en lien avec les populations victimes, peuvent se lever car il s'agit de leur dignité, de leur identité, d'un peuple entier !
Et aucun autre ne peut ou ne doit le faire ! C'est à la diaspora congolaise d'agir. Inutile de s'en remettre aux instances internationales, aux humanitaires, aux médias et ou seulement aux réseaux sociaux (à croire les évènements actuels en Tunisie et en Egypte, il suffirait de créer un groupe facebook et d'avoir quelques bloggeurs stars pour que le soulèvement général réussisse !). Et bien non, ils ne peuvent rien car l'action n'est le fait que des hommes ! Pour régler ce problème, il faut une réponse politique, et pour faire pression aux politiques, il faut que le peuple congolais dans toute sa diversité se lève !
Maintenant comment unir et motiver les gens à participer aux rassemblements ? Telle est la question. 

Il me semble que la jeunesse est la plus apte à dénoncer et mener à bien cette action ! Je pense que tout doit se passer maintenant car en novembre 2011 auront lieu les élections présidentielles.
On sait que le fils Kabila briguera un deuxième mandat, appuyé par les puissances occidentales, qui ne se préoccupent que de défendre leurs intérêts et de ne surtout pas froisser Monsieur Kagame (qui ne se gêne pas de leur rappeler leur absence de scrupules lors du Génocide de 1994).

Mais le problème qui me taraude est celui des facteurs qui ont rendu possible, une telle tragédie...

La République démocratique du Congo. Le pays de mes aïeuls, un pays en déperdition...


Le nominatif même d'un des plus grands territoires d'Afrique me laisse pantois tant il semble cynique ! Un nom digne d'une parodie ! Je suis sûre que l'humoriste Mamane s'est inspiré du Congo pour sa chronique "JT de la très très démocratique république du Gondwana" sur RFI !

La première question que je me pose est peut-on véritablement parler d'un Etat congolais ? Le président actuel, résidant à Kinshasa, n'a absolument aucune emprise sur les territoires de l'Est. Il n'est qu'un pantin, incapable de prendre en main cette région car elle est en proie à des forces bien trop grandes pour cet homme à la légitimité très contestable.
Le lieu de cette ignominie n'est pas anodin, les provinces du Kivu, frontalières du Rwanda, Burundi et Ouganda sont un lieu de richesses en matières premières inestimables. C'est de là que vient une grande quantité du  coltan, minerai nécessaire à la fabrication des portables. On y trouve aussi du gaz naturel, de l'or, des diamants, autant de ressources stratégiques au XXIème siècle.
Les enjeux économiques y sont donc énormes. La Chine, les Etats-Unis, l'Union Européenne et leurs multinationales sont à l'affût. Chacun veut avoir sa part du gâteau !
Il serait plus que primordial d'identifier ceux qui ont intérêt à ce que ce soit toujours le foutoir !




Deuxième question : pourquoi a t-on toujours du mal à reconnaître le caractère génocidaire de ces exactions ? Parler de crimes contre l'humanité paraît saugrenue dès qu'il s'agit de victimes africaines...
Le viol de masse qui sévit depuis une dizaine d'années s'apparente à une lente et longue destruction d'un peuple ! Le mot sonne excessif aux oreilles des non-concernés. Mais lorsqu'on lit le détail des rapports, aucun autre terme que celui-ci ne peut mieux qualifier ce qui se passe là-bas !
Je le dis calmement mais fermement, il s'agit d'une forme de génocide.
La portée de cette violence inouïe, qui se répète au point de devenir une coutume, alors oui ! nous pouvons parler d'une logique d'anéantissement systémique et systématique de la population du Kivu !

Les femmes sont éliminées insidieusement. Elles doivent supporter non seulement le traumatisme du sévice sexuel, l'atteinte à leur intégrité physique (certaines ont l'appareil génital mutilé) mais aussi d'être désormais des parias !
Dépossédée de leurs corps avilis, les répercussions sur la santé mentale des femmes sont énormes. Leurs rapports aux autres sont dégradés rompant l'équilibre émotionnel et social des communautés affectées.
Des communautés brisées.
Conséquence immédiate pour les femmes : la marginalisation. Rejetées car devenues impures, les victimes se trouvent confrontées à l'exclusion et à la discrimination. Il est alors difficile de se reconstruire surtout si les besoins élémentaires (nourriture, foyer, soins médicaux) ne sont plus garantis.

Ce qui m'amène à ma troisième question : qu'est ce qui peut expliquer l'insuffisance des réactions. Où sont les hommes congolais ? Dans une logique de société patriarcale, un sursaut de virilité aurait dû stimuler les paysans à braver les miliciens.
J'entends parler des normes culturelles congolaises : l'interdiction de se plaindre, d'étaler ses difficultés , d'évoquer son intimité expliquent en partie l'absence de réaction populaire.

C'est sûr, qu'un  petit groupe de paysans non armés seraient impuissants face à un groupe de miliciens.   Tout même, je n'arrive pas à saisir l'apathie des hommes, eux aussi victimes de ces agissements ignobles . Bientôt 10 ans que tout cela dure, et le silence des hommes est assourdissant ! Quand ces hommes en seront au stade de "la goutte d'eau qui fait déborder le vase" ??? Un moment donné, lorsque la colère est trop forte, l'humiliation trop grande, peut importe que l'adversaire en face soit armé, la révolte est inéluctable.
Je ne cherche surtout pas à généraliser ou à stigmatiser les congolais et les Africains, en croyant à  leur incapacité congénitale d'agir collectivement. Bien au contraire, ces derniers temps, on a pu constater des réveils (encore timides) sur le continent. Le dernier en date s'est déroulé en Côte d'Ivoire. La stratégie du président sortant, Laurent Gbagbo, de s'appuyer sur les jeunes grâce à un concept fumeux et populiste d' "ivoirité" témoigne de la force vive et mobilisatrice que représente la jeune population africaine !
Une jeunesse qui bouillonne et ne supporte plus les courbettes de ses aînés.

Parmi ces forces vives, il ne faut surtout pas oublier les femmes congolaises et en particulier celles du Kivu, victimes mais dignes ! Elles étaient plus de 15 000 à défiler, au mois d'octobre 2010 dans la ville de Bukavu pour dénoncer et dire "non au viol massif".
L'évènement appelé "la marche des femmes" a réuni  des femmes venues de tout le Congo, ainsi que des délégations féminines sud-africaines, burundaises, espagnoles, québécoises et belges. Toutes se sont  assemblées au coude à coude pour serpenter la ville avant de planter un arbre de la paix. Les femmes ont  démontré leur détermination et donné une leçon de solidarité... et d'espoir : la mobilisation est toujours  possible !

Ma dernière question à laquelle je ne saurais vraiment pas répondre : c'est comment a t-on pu arriver à un tel degré d'atrocité ?

Pour moi, ce drame est le résultat d'une logique, celle d'un monde qui a dépassé les limites depuis deux siècles maintenant (peut être plus).

Ceci n'est pas apparent pour tout le monde mais Oui, nous vivons dans un monde où la violence extrême est banalisée, une violence protéiforme où se côtoient des situations de pauvreté abyssales, des rapports sociaux délabrés, au nom d'un individualisme immoral, tandis que la corruption fait figure de pratique institutionnalisée du pouvoir !
Je n'adhère absolument pas aux thèses afropesimistes qui ont tendance à expliquer les conflits en Afrique comme la conséquence de cultures impropres, du moins incompatibles à la stabilité et à la maturité politiques.
D'après eux, le continent serait attaché à une organisation sociale traditionnelle, intemporelle où seule l'ethnie voire la tribu compte. C'est oublier la formidable adaptation, mouvance et assimilation des cultures africaines. 
Ce que j'essaye de faire comprendre, c'est que les violences qui se sont mutipliées sur le continent ces 50 dernières années, sont le fruit d'une tendance profondément historique, amorcée depuis bien longtemps par les Européens avec le recours de plus en plus pousser à la stigmatisation de l'altérité, totalement racialisée. Depuis le XVIe siècle, le rapport à l'autre s'est fait par la conquête violente, la domination exploiteuse.
Je ne dis pas que le monde était tout beau, tout rose, avant l'impressionnante montée en puissance de l'Europe. Ni que les peuples asiatiques, africains ou américains étaient de gentils bons sauvages vivants en paix et en harmonie avec la nature ! Non, il s'agit de cesser de s'étonner et d' "ethniciser" des pratiques, que  beaucoup de sociétés ont connu. Ces pratiques datent et souvent ont été commencées par ceux qui se prétendaient les plus civilisés !
Ajouté à cela, le capitalisme mondialisé, avec son lot d'injustices et d'échecs, vous avez tous les  ingrédients pour un mélange explosif au XXe siècle, nommé "l'âge des extrêmes" par l'historien Eric Hobsbawm. Le XXème siècle aura été le théâtre d'une formidable croissance matérielle de l'humanité mais aussi du paroxysme de sa barbarie.

Aujourd'hui, on se retrouve sous la férule d'un système économique qui tend à l'uniformisation, impose ses référents, sa vision du monde dans un contexte de sécularisation et de perte de "valeurs". Ceci à un impact direct sur les sociétés et en particulier sur l'Afrique.
J'ai l'impression qu'en Afrique, la perte de valeurs fédératrices est liée à la désintégration des identités culturelles qui se comprend par une méconnaissance de plus en plus accrue de l'histoire (antérieure à la colonisation), d'une intériorisation profonde de l'infériorité et de l'incapacité  à assumer la responsabilité de ses échecs précédents.
Si le continent va mal aujourd'hui, c'est en grande partie la faute des Africains ! (c 'est d'ailleurs pourquoi, seuls les Africains pourront résoudre leurs problèmes !)
Je pense qu'en Afrique, beaucoup ne savent plus qui ils sont, où ils en sont, et comment avancer. Les perspectives positives d'un avenir commun et national n'intéressent personne, faute de projets, portés par des leaders talentueux, indépendants et dignes de confiance.
Ce qui se passe à l'Est du Congo, me dit que les congolais sont dans une phase léthargique. Aucune loi coutumière n'aurait permis ou abouti au viol de masse en toute impunité !
Et Que se passe t-il dans la tête de ces hommes bourreaux ? Ont-ils l'impression de violer leurs mères, leurs soeurs, leurs femmes ? Sûrement pas  ! Car ils n'appartiennent pas à un même peuple.
Et la solidarité tant prônée par les aïeuls qu'a t-elle apporté au continent ? Visiblement pas grand chose...
Alors, est ce vraiment surprenant que l'Afrique connaisse tant de difficultés ? Non.

Le Congo va mal terriblement mal et quand j'entends parler de son incroyable potentiel humain et économique, je comprends mieux pourquoi ce pays va si mal.
Cet été, je serai à Kinshasa, chez la famille de ma mère. Loin du Kivu, j'aurais surement l'impression de passer des vacances "normales" dans un pays anodin. Mais la situation actuelle montre que le Congo est bien plus proche de ce que vit la Somalie, un Etat en plein déliquescence.
Il faut donc s'alerter, agir (pour moi ça passera par une association de soutien aux femmes du Kivu) sans  omettre les individus que l'on ne doit pas penser comme des victimes mais comme des acteurs d'initiatives indispensables pour que CESSE LES VIOLENCES SEXUELLES DE MASSE AU NORD-KIVU (RDC)

Indignons-nous contre le viol de masse en République Démocratique du Congo

D'après Albert Camus : "la valeur d'une société dépend de la manière dont elle traite ses femmes, de l'image qu'elle s'en fait, des marges de manoeuvres dont celles-ci disposent"

La société congolaise va donc donc très mal ! Ses valeurs sont parasitées, foulées du pied par ces militaires et civils qui se livrent à des agressions sexuelles récurrentes sur les femmes des provinces orientales au Congo-RD.

Depuis 2002, des membres de groupes armés, protagonistes d'un conflit larvé à l'Est du Congo (incluant le voisin rwandais) s'attaquent constamment aux femmes congolaises du Nord et Sud Kivu. 
Une large partie d'entre eux, appartient aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).  Mais il faut aussi compter ceux de l'armée gouvernementale (soutenue par les Nations Unis), et le comble, d'après certains rapports, quelques Casques bleus de la MONUC (Mission de l'Organisation des Nations Unis en République Démocratique du Congo).
Je vous laisse imaginer le contexte d'horreur dans lequel se trouvent actuellement les autochtones ! 

Depuis 2002, ces hommes perpètrent le viol sur le maximum de personnes, à plusieurs reprises sur les mêmes victimes et très souvent de manière collective (plusieurs assaillants s'attaquent à une même victime).La régularité, tout à fait scandaleuse de ces actes est liée à l'absence totale de sanctions envers les criminels. Les autorités judiciaires, politiques et administratives, corrompues et sans volonté ne font rien et malgré les alertes, plus ou moins médiatisées, de la part des associations locales et des ONG, le problème ne semble pas faire l'objet d'une réelle attention au Congo et en Afrique.

Comment expliquer cela ? En découvrant ce phénomène honteux, je cherche à comprendre qu'est ce qui a bien pu se passer pour que l'on en arrive là  ? et moi que puis-je faire aujourd'hui ?

Avant de développer mon point de vue, je souhaite mettre les choses au clair .
Pour analyser les situations dramatiques en Afrique, il est extrêmement important de replacer les données dans leur contexte, de prendre en mesure tous les acteurs présents (politiques et surtout économiques), et leurs intérêts, sans oublier les processus socio-historiques.
Cette contextualisation est indispensable pour dépasser la simple étude politique, très souvent confinée à un prisme ethnico-culturel, produit d'une vision essentialiste de l'Afrique...
Ces règles devraient être une évidence pour tout intellectuel intègre. Pourtant, le traitement actuel des sujets sur l'Afrique reste insatisfaisant. Beaucoup d'articles et reportages sont souvent exemptés de toute rigueur "objective" de la part des commentateurs  français. A mon sens, ceci témoigne d'une sorte de disqualification du sujet même. Dès qu'il s'agit de l'Afrique, vu sa place "marginale" dans le monde, pourquoi se casser la tête avec !
Bon j'exagère un peu... Je pense que les problèmes y sont si complexes que en rendre compte n'est pas si évident. Mon ton si acerbe fait suite à l'intervention de soi disant spécialistes sur l'Afrique (sic!), qui se permettent de propager d'énormes inepties à la télévision, avec des airs condescendants de grands savants cf. Antoine Glaser sur TV5 Monde ! Cela révèle plus de l'ignorance, résultat d'une vision conservatrice et européo-centrée de l'Afrique, chez ces personnes. Il n'empêche que je suis toujours autant surprise ! 
Bref, concernant ceux qui ont l'immense privilège de s'exprimer sur le sujet, car ils disposeraient de certaines compétences pour éclairer au maximum les téléspectateurs sur les évènements en Afrique, je constate que très souvent journalistes et spécialistes se laissent emporter par leurs fantasmes et a-priori sur le continent !
Heureusement il n' y a pas QUE de mauvais commentateurs, il faut juste trouver les bons et je vous recommande en particulier le blog de cette spécialiste belge Colette Braeckman.

Je n'ai pas la prétention de proposer une étude exhaustive de ces actes horribles au Congo mais je tiens absolument à en parler et apporter mon avis, certes humble, mais qui se veut un avis porteur d'une action !
En découvrant cette réalité occultée, (évoquée de temps en temps pour la forme ou encore faisant l'objet d'une intrigue pour série américaine cf. Saison 12 de la série New york, Unité spéciale), je sentais l'indignation et la colère grandir en moi. Il a fallu que je vois ceci et ceci pour me dire qu'il ne servait à rien de s'apitoyer sur le sort de ces femmes. Moi qui n'ai aucune connaissance de mon pays d'origine (si ce n'est à travers le regard des autres), je me sens toutefois concernée par son devenir. 

J'estime qu'une mobilisation de la diaspora congolaise vivant en France est nécessaire, pour que les choses bougent. Nos parents et nous enfants, avons le devoir et le poids économique pour interpeller les autorités ! 
Il faut du courage et de la détermination pour lutter contre ces exactions. Seules, les personnes appartenant ou en lien avec les populations victimes, peuvent se lever car il s'agit de leur dignité, de leur identité, d'un peuple entier !
Et aucun autre ne peut ou ne doit le faire ! C'est à la diaspora congolaise d'agir. Inutile de s'en remettre aux instances internationales, aux humanitaires, aux médias et ou seulement aux réseaux sociaux (à croire les évènements actuels en Tunisie et en Egypte, il suffirait de créer un groupe facebook et d'avoir quelques bloggeurs stars pour que le soulèvement général réussisse !). Et bien non, ils ne peuvent rien car l'action n'est le fait que des hommes ! Pour régler ce problème, il faut une réponse politique, et pour faire pression aux politiques, il faut que le peuple congolais dans toute sa diversité se lève !
Maintenant comment unir et motiver les gens à participer aux rassemblements ? Telle est la question. 

Il me semble que la jeunesse est la plus apte à dénoncer et mener à bien cette action ! Je pense que tout doit se passer maintenant car en novembre 2011 auront lieu les élections présidentielles.
On sait que le fils Kabila briguera un deuxième mandat, appuyé par les puissances occidentales, qui ne se préoccupent que de défendre leurs intérêts et de ne surtout pas froisser Monsieur Kagame (qui ne se gêne pas de leur rappeler leur absence de scrupules lors du Génocide de 1994).

Mais le problème qui me taraude est celui des facteurs qui ont rendu possible, une telle tragédie...

La République démocratique du Congo. Le pays de mes aïeuls, un pays en déperdition...


Le nominatif même d'un des plus grands territoires d'Afrique me laisse pantois tant il semble cynique ! Un nom digne d'une parodie ! Je suis sûre que l'humoriste Mamane s'est inspiré du Congo pour sa chronique "JT de la très très démocratique république du Gondwana" sur RFI !

La première question que je me pose est peut-on véritablement parler d'un Etat congolais ? Le président actuel, résidant à Kinshasa, n'a absolument aucune emprise sur les territoires de l'Est. Il n'est qu'un pantin, incapable de prendre en main cette région car elle est en proie à des forces bien trop grandes pour cet homme à la légitimité très contestable.
Le lieu de cette ignominie n'est pas anodin, les provinces du Kivu, frontalières du Rwanda, Burundi et Ouganda sont un lieu de richesses en matières premières inestimables. C'est de là que vient une grande quantité du  coltan, minerai nécessaire à la fabrication des portables. On y trouve aussi du gaz naturel, de l'or, des diamants, autant de ressources stratégiques au XXIème siècle.
Les enjeux économiques y sont donc énormes. La Chine, les Etats-Unis, l'Union Européenne et leurs multinationales sont à l'affût. Chacun veut avoir sa part du gâteau !
Il serait plus que primordial d'identifier ceux qui ont intérêt à ce que ce soit toujours le foutoir !




Deuxième question : pourquoi a t-on toujours du mal à reconnaître le caractère génocidaire de ces exactions ? Parler de crimes contre l'humanité paraît saugrenue dès qu'il s'agit de victimes africaines...
Le viol de masse qui sévit depuis une dizaine d'années s'apparente à une lente et longue destruction d'un peuple ! Le mot sonne excessif aux oreilles des non-concernés. Mais lorsqu'on lit le détail des rapports, aucun autre terme que celui-ci ne peut mieux qualifier ce qui se passe là-bas !
Je le dis calmement mais fermement, il s'agit d'une forme de génocide.
La portée de cette violence inouïe, qui se répète au point de devenir une coutume, alors oui ! nous pouvons parler d'une logique d'anéantissement systémique et systématique de la population du Kivu !

Les femmes sont éliminées insidieusement. Elles doivent supporter non seulement le traumatisme du sévice sexuel, l'atteinte à leur intégrité physique (certaines ont l'appareil génital mutilé) mais aussi d'être désormais des parias !
Dépossédée de leurs corps avilis, les répercussions sur la santé mentale des femmes sont énormes. Leurs rapports aux autres sont dégradés rompant l'équilibre émotionnel et social des communautés affectées.
Des communautés brisées.
Conséquence immédiate pour les femmes : la marginalisation. Rejetées car devenues impures, les victimes se trouvent confrontées à l'exclusion et à la discrimination. Il est alors difficile de se reconstruire surtout si les besoins élémentaires (nourriture, foyer, soins médicaux) ne sont plus garantis.

Ce qui m'amène à ma troisième question : qu'est ce qui peut expliquer l'insuffisance des réactions. Où sont les hommes congolais ? Dans une logique de société patriarcale, un sursaut de virilité aurait dû stimuler les paysans à braver les miliciens.
J'entends parler des normes culturelles congolaises : l'interdiction de se plaindre, d'étaler ses difficultés , d'évoquer son intimité expliquent en partie l'absence de réaction populaire.

C'est sûr, qu'un  petit groupe de paysans non armés seraient impuissants face à un groupe de miliciens.   Tout même, je n'arrive pas à saisir l'apathie des hommes, eux aussi victimes de ces agissements ignobles . Bientôt 10 ans que tout cela dure, et le silence des hommes est assourdissant ! Quand ces hommes en seront au stade de "la goutte d'eau qui fait déborder le vase" ??? Un moment donné, lorsque la colère est trop forte, l'humiliation trop grande, peut importe que l'adversaire en face soit armé, la révolte est inéluctable.
Je ne cherche surtout pas à généraliser ou à stigmatiser les congolais et les Africains, en croyant à  leur incapacité congénitale d'agir collectivement. Bien au contraire, ces derniers temps, on a pu constater des réveils (encore timides) sur le continent. Le dernier en date s'est déroulé en Côte d'Ivoire. La stratégie du président sortant, Laurent Gbagbo, de s'appuyer sur les jeunes grâce à un concept fumeux et populiste d' "ivoirité" témoigne de la force vive et mobilisatrice que représente la jeune population africaine !
Une jeunesse qui bouillonne et ne supporte plus les courbettes de ses aînés.

Parmi ces forces vives, il ne faut surtout pas oublier les femmes congolaises et en particulier celles du Kivu, victimes mais dignes ! Elles étaient plus de 15 000 à défiler, au mois d'octobre 2010 dans la ville de Bukavu pour dénoncer et dire "non au viol massif".
L'évènement appelé "la marche des femmes" a réuni  des femmes venues de tout le Congo, ainsi que des délégations féminines sud-africaines, burundaises, espagnoles, québécoises et belges. Toutes se sont  assemblées au coude à coude pour serpenter la ville avant de planter un arbre de la paix. Les femmes ont  démontré leur détermination et donné une leçon de solidarité... et d'espoir : la mobilisation est toujours  possible !

Ma dernière question à laquelle je ne saurais vraiment pas répondre : c'est comment a t-on pu arriver à un tel degré d'atrocité ?

Pour moi, ce drame est le résultat d'une logique, celle d'un monde qui a dépassé les limites depuis deux siècles maintenant (peut être plus).

Ceci n'est pas apparent pour tout le monde mais Oui, nous vivons dans un monde où la violence extrême est banalisée, une violence protéiforme où se côtoient des situations de pauvreté abyssales, des rapports sociaux délabrés, au nom d'un individualisme immoral, tandis que la corruption fait figure de pratique institutionnalisée du pouvoir !
Je n'adhère absolument pas aux thèses afropesimistes qui ont tendance à expliquer les conflits en Afrique comme la conséquence de cultures impropres, du moins incompatibles à la stabilité et à la maturité politiques.
D'après eux, le continent serait attaché à une organisation sociale traditionnelle, intemporelle où seule l'ethnie voire la tribu compte. C'est oublier la formidable adaptation, mouvance et assimilation des cultures africaines. 
Ce que j'essaye de faire comprendre, c'est que les violences qui se sont mutipliées sur le continent ces 50 dernières années, sont le fruit d'une tendance profondément historique, amorcée depuis bien longtemps par les Européens avec le recours de plus en plus pousser à la stigmatisation de l'altérité, totalement racialisée. Depuis le XVIe siècle, le rapport à l'autre s'est fait par la conquête violente, la domination exploiteuse.
Je ne dis pas que le monde était tout beau, tout rose, avant l'impressionnante montée en puissance de l'Europe. Ni que les peuples asiatiques, africains ou américains étaient de gentils bons sauvages vivants en paix et en harmonie avec la nature ! Non, il s'agit de cesser de s'étonner et d' "ethniciser" des pratiques, que  beaucoup de sociétés ont connu. Ces pratiques datent et souvent ont été commencées par ceux qui se prétendaient les plus civilisés !
Ajouté à cela, le capitalisme mondialisé, avec son lot d'injustices et d'échecs, vous avez tous les  ingrédients pour un mélange explosif au XXe siècle, nommé "l'âge des extrêmes" par l'historien Eric Hobsbawm. Le XXème siècle aura été le théâtre d'une formidable croissance matérielle de l'humanité mais aussi du paroxysme de sa barbarie.

Aujourd'hui, on se retrouve sous la férule d'un système économique qui tend à l'uniformisation, impose ses référents, sa vision du monde dans un contexte de sécularisation et de perte de "valeurs". Ceci à un impact direct sur les sociétés et en particulier sur l'Afrique.
J'ai l'impression qu'en Afrique, la perte de valeurs fédératrices est liée à la désintégration des identités culturelles qui se comprend par une méconnaissance de plus en plus accrue de l'histoire (antérieure à la colonisation), d'une intériorisation profonde de l'infériorité et de l'incapacité  à assumer la responsabilité de ses échecs précédents.
Si le continent va mal aujourd'hui, c'est en grande partie la faute des Africains ! (c 'est d'ailleurs pourquoi, seuls les Africains pourront résoudre leurs problèmes !)
Je pense qu'en Afrique, beaucoup ne savent plus qui ils sont, où ils en sont, et comment avancer. Les perspectives positives d'un avenir commun et national n'intéressent personne, faute de projets, portés par des leaders talentueux, indépendants et dignes de confiance.
Ce qui se passe à l'Est du Congo, me dit que les congolais sont dans une phase léthargique. Aucune loi coutumière n'aurait permis ou abouti au viol de masse en toute impunité !
Et Que se passe t-il dans la tête de ces hommes bourreaux ? Ont-ils l'impression de violer leurs mères, leurs soeurs, leurs femmes ? Sûrement pas  ! Car ils n'appartiennent pas à un même peuple.
Et la solidarité tant prônée par les aïeuls qu'a t-elle apporté au continent ? Visiblement pas grand chose...
Alors, est ce vraiment surprenant que l'Afrique connaisse tant de difficultés ? Non.

Le Congo va mal terriblement mal et quand j'entends parler de son incroyable potentiel humain et économique, je comprends mieux pourquoi ce pays va si mal.
Cet été, je serai à Kinshasa, chez la famille de ma mère. Loin du Kivu, j'aurais surement l'impression de passer des vacances "normales" dans un pays anodin. Mais la situation actuelle montre que le Congo est bien plus proche de ce que vit la Somalie, un Etat en plein déliquescence.
Il faut donc s'alerter, agir (pour moi ça passera par une association de soutien aux femmes du Kivu) sans  omettre les individus que l'on ne doit pas penser comme des victimes mais comme des acteurs d'initiatives indispensables pour que CESSE LES VIOLENCES SEXUELLES DE MASSE AU NORD-KIVU (RDC)